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Né après 1975

Né après 1975
Que cache ce titre racoleur "né après 1975"? S'agit-ils d'un mouvement politique? courant idéologique? genre musical?

La référence historique ne résulte pas d'un simple fait du hasard mais d'une succession de générations qui partagent cette date historique de l'archipel des Comores ayant accédé à l'indépendance après 150 ans de colonialisme français. Nés après l'indépendance l'archipel des Comores, déjà trentenaires, jeunes adultes, adulescents, adolescents qui sont -ils vraiment? Cette observation de la société comorienne m'amène à dresser des portraits de ces jeunes dont je fais partie. Le terme jeune étant l'appellation couramment utilisé par les générations d'avant l'indépendance des Comores. Quelles sont leurs mode de pensée? Que les animent-ils? Quelles sont leurs principales préoccupations? Sont-ils politisés? Quels sont leurs codes et références moraux?

L'exercice semble extrêmement difficile puisque les post soixantes quinzards représentent plus de 50% de la population des Comores y compris ceux de la diaspora. Mais leurs idées ne semblent pas avoir plus d'échos que celles de leurs ainés. Souvent ils surfent sur plusieurs courants idéologiques selon l'éducation familiale reçue, le niveau d'instruction,le pays dont ils ont élu domicile, les crises politiques qu'ils ont connues et la façon dont ils se projettent dans l'avenir. Mais au moins une chose est sur c'est une catégorie sociale qui cultive une large diversité en terme d'opinions qu'il serait quasi impossible de cristalliser leurs pensées.

Nés après 1975

Entre 1975 et 1978, nés dans cette période, aujourd'hui trentenaires cette génération a surtout connu l'époque d'Ahmed Abdallah et baigné sous la glorification ou non d'Ali Soilihi. Ils ont connu les symboles de l'unité nationale, fréquenté l'école publique, écouté radio Comores, ont été sermonnés par Al Oustadh Kadh Djaylan. Ils ont surtout été marqués par le régime de Djohar et ont leur plupart fait leurs études à Madagascar, Afrique et à l'institut de formation des maîtres de Patsy ou à Moroni. C'est une génération sacrifiée car au départ promise à un bel avenir, elle a surtout connu les difficultés politiques du pays et a fait ses études dans un contexte économique défavorable. Aujourd'hui ils constituent une génération non négligeable aux Comores et souvent ils peinent à trouver un emploi stable. Mariés, ils sont la proie des dinosaures qui n'hésitent pas à les manipuler pour remporter les élections. Ayant évolué dans un contexte politico-social tendu, ils ont développé soit un pragmatisme soit un fatalisme aigu qui peut bouleverser l'issu d'un scrutin. Mais ils cultivent un sens du patriotisme comparés à leurs prédécesseurs.

Nés entre 1979 et 1984

Ils ont à peine connu les symboles de l'unité de l'archipel et sont surtout marqués par les coups d'état récurrents de Bob Denard. Leur scolarité a subi les grèves et années blanches mais ceux étant plus aisés ont fréquenté les écoles privées afin de recevoir un enseignement stable et réguliers. Leurs parents ont subi d'énormes charges car il fallait concilier le financement des écoles privées et le fonctionnement quotidien de la famille avec des revenus irréguliers. Le seul loisir possible étant la télé soit dans le foyer ou chez les voisins. Rappelons tout de même qu'ils coexistaient des familles plus modestes qui voyaient leurs enfants subir les années blanches sans aucune alternative possible. Très peu de symboles nationaux peignaient leur quotidien hormis la culture, la tradition, la religion et le nom de république fédérale islamique des Comores. Très peu intéressés par la chose politique par rapport à leurs ainés, ils votaient plus par rejet que par conviction. Ayant baigné dans les sitcoms américains, ils ont plus développé l'envie et l'idée de s'expatrier afin de fuir un pays qui ne leur a apporté peu de choses. Marqués par le séparatisme, ces jeunes ont vu s'éloigner une fois de plus les symboles du pays par l'annulation des tournois sportifs inter îles. Socialement ils sont encore étudiants ou connaissent le chômage de masse qui touchent le pays. Ils peinent à se reconstruire socialement et ont fortement cru au retour de l'unité nationale par l'élection de Sambi. Animés d'une part par de fortes valeurs morales et d'autre part un libéralisme moral qui témoigne d'une enfance marquée par les périodes troubles.


Nés entre 1985 et 1989

Ils sont très proches de la génération précédente et en partagent des similitudes troublantes car ils ont connu presque les les crises politiques, sociales et économiques à répétition et surtout le séparatisme. Hormis ceux qui ont fréquenté les écoles privées, ils ont reçu un enseignement scolaire abrégé car rarement l'année scolaire comptait neuf mois. Difficilement scolarisables dans le privé car déjà les ainés en absorbaient déjà les finances maigres de la famille. L'absence de symboles d'unité nationale, l'omniprésence des crises et la forte consommation de télévision les poussent à penser que l'herbe est plus verte à l'extérieur des Comores mais ils sont confrontés à un manque cruel de la famille pour les soutenir dans leurs désirs de partir loin du pays. C'est une génération qui a entendu parler de l'indépendance des Comores comme un événement lointain mais qui n'a apporté concrètement peu de choses. Ils sont majoritairement étudiants en ce moment et ne rentreront au pays que par absence de choix et ceux qui s'y trouvent ils ont les yeux rivés vers l'extérieur. Ils concilient amour du pays et de la famille et la nécessité de saisir les opportunités extérieures qui se présenteront.

Nés à partir de 199O

Entre séparatisme et retour de l'unité nationale, c'est la génération playstation qui n'a rien demandé à tout ça. Pour fuir leur quotidien, ils se réfugient surtout dans les jeux vidéos et la télé pour trouver leurs héros. Ils sont assez technophiles et portés sur les symboles de la mondialisation. Ils en veulent à leurs ainés et surtout des choix politiques faits dans le pays. Ils connaissent des grands frères dans le chômage et sont susceptibles à l'autorité car souvent l'autorité est perçue comme autoritaire mais sans réel pouvoir de changement. Sur le plan des traditions, de la culture et des m½urs ils entendent souvent dire c'est mieux avant et se sentent agressés par des adultes qui ne les comprennent pas.

Toutes ces générations sont marquées par les instabilités de diverses natures ayant secoué l'archipel des Comores. Tantôt pragmatiques tantôt neofatalistes, ils appartiennent à des courants différents sur le plan politique à cause de leurs expériences de la vie. Ce ne sont pas des enfants de la pensée unique et sur les questions cruciales du pays on ne peut pas dire aujourd'hui qu'ils sont ceci ou cela car difficilement caricaturables. Ils développent l'espoir de voir les Comores sortir des crises et espèrent connaitre des lendemains meilleurs. Contrairement à certains qui pensent connaitre leurs opinions, je serai tenté de leur dire qu'ils sont prêts à tout mettre en ½uvre pour un avenir meilleur sans conservatisme. C'est une génération consciente.
# Posté le lundi 18 février 2008 13:10

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