Tous les indicateurs de bien-être au sein de l'association étaient au rouge: démobilisation, envie de dissolution, manque de cohésion, éclatement des membres en clans familiaux, lassitude générale...les anciens devenus les nouveaux membres du bureau et qui peinent à trouver la relève. Hormis le bilan financier qui était acceptable,le reste fut une bombe en attente de déclenchement. Tous les observateurs étaient unanimes: celui qui s'engagera dans le bureau est simplement un kamikaze. Aucun élément objectif ne prédisait une réussite. J'ai sérieusement pensé que c'est une sorte de mission programmée pour échouer. Une semaine avant l'assemblée générale, je pensais fatalement que ça serait dommage de laisser disparaitre un bout d'histoire de la communauté comorienne de France, mais seul dans mon coin je ne pouvais hélas sauver cette association. J'avais promis d'être constructif à l'AG en permettant à chacun de tirer les leçons de cet échec et peut-être d'en faire de la dissolution un cas d'école avec le bon diagnostic. Je voulais une belle mort consciencieuse pour cette association.
Le jour de l'AG, je me suis porté volontaire pour la présider et éviter un éternel jeu de ping-pong entre un bureau défendant son bilan et des membres qui dans une cohue n'en pense que du mal . Mission accomplie mais cela ne doit pas juste servir à montrer que j'étais capable de présidait une AG mais aussi que cette capacité pouvait être au service de la communauté pour moderniser et donner un élan nouveau à l'AOCOF-association des originaires des Comores en France. L'émotion d'une telle expérience ne laisse pas indifférente : je me suis porté candidat au poste de secrétaire général de l'AOCOF malgré les indicateurs au rouge. Sans surprise, j'étais élu à l'unanimité, une forte confiance accordée pour aider l'AOCOF à retrouver sa vitalité après avoir frôlé la dissolution. Cet engagement, je l'ai envisagé comme étant mon “service civil” au service de cette structure. J'avais 2 ans pour réussir tout comme les autres membres du bureau.
Malgré la volonté du bureau de rebooster tout le monde et de dynamiser la vie associative, les vrais freins au changement ne se trouvaient pas dans la nouvelle équipe dirigeante mais au sein des membres de l'association. Comment une équipe progressiste pouvait réussir face à des membres conservateurs usant tout prétexte de ne pas voir le changement s'opérer dans l'association. L'organisation de quelques manifestations a suffi pour transformer le sens de la mission du bureau qui est celle de réussir à une mission de sauvetage jusqu'à la prochaine AG qui s'annonçait houleuse.
Mon engagement était moral, philosophique, sentimental et philanthropique. Ce qui m'a permis de me concentrer sur l'essentiel: s'investir sans réserve dans les taches afin de donner le meilleur de soi-même et donner l'exemple. Je ne dissociais pas le savoir-faire et le faire. Un bon membre du bureau se devait avant tout de montrer l'exemple par son travail, donner envie aux autres de s'impliquer et de veiller à l'esprit d'équipe. Je n'étais animé que par ces 3 fondements pour remplir ma mission. Tout n'est pas rose quand on est secrétaire général. Il faut affronter des critiques non fondées et fondées, composer avec des gens ne partageant pas les mêmes valeurs et veiller à ce que chaque membre de l'association ne soit pas lésée. On n'a pas le droit de se sentir mal car il en va de la responsabilité de l'association.
2 ans après, je réitère toujours la valeur travail qui anime ma mission: travailler, s'impliquer physiquement et moralement, être là au service de la communauté, sourire et faire rêver à tout âme susceptible d'être intéressé par la vie associative. Pour la journée du 23 fevrier 2008, j'ai tenu à faire ce que je fais de mieux: m'impliquer en amont des taches, être à 100% disponible sur le terrain à la fois pour les autres membres du bureau, être à l'écoute des membres et prendre un vrai plaisir à faire ça. Après une dure journée de labeur, je buvais du petit lait quand j'ai vu les membres sur la piste de danse s'adonner à la chorégraphie de Magic Dj Kay et manifester leur joie. J'étais ému quand une jeune membre est venue me dire merci car elle a passé une excellente soirée. Voilà une raison qui peut conduire une personne à s'impliquer dans une mission hautement risquée par simple altruisme. Merci à tous les membres venus, merci à ces femmes qui œuvrent toujours en cuisine et merci à notre bureau qui a conduit l'organisation de la journée culturelle dans un climat serein. Quant à moi, je crois hélas qu'il s'agit de ma dernière mission de transition..
