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Ce qu'en pensent les Mahorais

Ce qu'en pensent les Mahorais
Je devrais plutôt dire ce que devraient penser les Mahorais pour être tout à fait vrai dans mes propos. J'ai vécu plus de deux ans à Mayotte. J'ai eu à discuter avec toutes les sensibilités de pensée en vigueur à Mayotte et pendant mes études je n'ai cessé de rester en contact avec des Mahorais. Pourquoi je raconte tout cela? Je m'inscris dans une démarche constructive suite à un long travail d'écoute de différentes opinions.

N'en déplaisent aux puristes comoriens, le constat est accablant: les non Mahorais des autres îles des Comores continuent de voir les Mahorais comme de grands enfants en cours de civilisation. Lorsque je passais mes vacances de lycée à Anjouan et que je déclarais que j'étais lycéen à Mamoudzou. Après deux ou trois blagues de second degré sur les Mahorais, j'avais toujours la récurrente remarque sur les Mahorais: les Mahorais continuent toujours de confondre la sauce et leur liquide jaunâtre servie comme sauce ou les Mahorais marchent toujours pieds nus. Ces clichés témoignaient toujours d'une méconnaissance et d'une vision archaïque sur les Mahorais. De l'autre côté les Mahorais voient les autres non Mahorais comme des opportunistes qui refusent d'assumer le choix de leur indépendance et qui continuent d'envahir toujours Mayotte. Toujours est-il que l'incompréhension est totale car depuis la rupture de 1975 les deux bords se méfient et continuent de se renvoyer mutuellement la balle. La norme demeure la différence absolue au point qu'à Mayotte l'on a développé une idée selon laquelle les non Mahorais seraient des envahisseurs prêts à recoloniser Mayotte. Ceux ayant vécu aux évènements de 1975 continuent toujours d'endoctriner les générations post indépendance afin d'en faire soit des Mahorais haineux vis à vis des autres frères non Mahorais ou des non Mahorais habités par un sentiment de supériorité pointé d'un sésame d'arrogance.

Ayant passé mon enfance à Anjouan, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu des symboles de l'appartenance de Mayotte au giron comorien hormis en cours de géographie où l'instituteur nous faisait dessiner les 4 îles composant l'archipel des Comores. A cet époque l'accent était plutôt mis sur la géographie physique et peu sur les notions d'histoire du pays. En dehors des visites familiales, des mariages entre des conjoints anjouanais et mahorais, très peu d'occasions s'offraient pour rencontrer un Mahorais en chair et en os. Pourtant j'ai encore le souvenir des rencontres sportives, culturelles, cultuelles inter îles: championnat de football, la tournée de la troupe théâtrale Les enfants des Comores, l'anniversaire du Cheikh Said Mohummad Bin Cheikh avec la confrerie Tarikat Chadhuli. Seuls souvenirs de Mayotte furent les pommes et les confiseries en guise de cadeau de la part de la famille mahoraise et les tubes de Papa Djo en cassette VHS. Je m'interroge sérieusement sur l'absence d'efforts de nos dirigeants qui ont cruellement manqué de cultiver par le biais de l'éducation nationale l'appartenance de Mayotte à la famille comorienne. Certes sur le plan politique, la situation reste tendue mais qu'en est-il des domaines culturels, sportifs et cultuels? Quelle est notre part de responsabilité dans la fracture entre Mahorais et les autres Comoriens ? Pensons-nous avoir suffisamment fait pour nous faire aimer et accepter des Mahorais?

Je suis surpris de voir des jeunes Mahorais s'émouvoir à l'idée que nous partagions des références historiques et culturelles communes. Au lieu d'être surpris par la méfiance mutuelle, le quiproquo et la situation tendue, il est peut-être temps d'abandonner nos vieux clichés et entreprendre le chemin de la rencontre entre les deux populations par la voie culturelle, sportive et cultuelle. 32 ans de lutte politique n'ont pas forcement forgé un sentiment d'appartenance et que ça sera encore du gâchis de continuer à produire des nouvelles générations qui s'opposent sur leur identité. Pour répondre à ma question de départ, les Mahorais le diront certainement mieux que moi, ils ont besoin de se sentir aimé.

# Posté le mercredi 27 février 2008 14:08

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