"Le dancehall reggae est originairement jamaïcain, découlant directement du reggae et qui tire son nom du Dancehall (la salle de danse ou salle de bal, en français) qui désigne le lieu où l'on danse à l'intérieur comme à l'extérieur. Il est né en Jamaïque au tout début des années 80 et s'est rapidement propagé dans les Antilles avant d'atteindre le reste des pays francophones. En France à La Réunion et dans les Antilles françaises, l'appellation dancehall a tendance à être utilisé uniquement pour le ragamuffin." wikipedia.
Pourquoi parle-t-on de génération dancehall ?
Les eighties furent marquées par l'installation d'anciens étudiants comoriens en France pour y travailler, fonder un foyer et élever leurs chérubins dans un environnement matériellement avantagé, ouvert d'esprit et socialement prometteur. D'autres Comoriens jadis navigateurs, ouvriers, militaires et prolétaires s'y sont installés avant les années 80 mais cette fois-ci c'est une population qui comptait plus des gens dans la classe moyenne et dont les enfants intégreraient bien l'élite nationale. Presque 30 ans après, nous observons un bug statistique, nous observons de moins en moins des compatriotes dans les hautes sphères de la société française: cadres d'entreprises, hauts fonctionnaires, profession libérale, artistes renommées, universitaires, conférenciers, élus locaux ou nationaux. L'usine à élite est-elle tombée en panne?
Le constat est d'autant plus flagrant: d'une part les parents en faisant leur mea culpa reconnaissent leur part de responsabilité sur divers manquement à l'éducation. D'autre part les chérubins n'ont pas tiré les leçons du fait qu'ils brillent par leur absence dans les usines à élite. Un sentiment général de "je m'en foutisme" plane et ne semble pas encore secouer le cocotier. Sakina Msa, Rhoff, Soprano pour ne citer que ceux-là canalisent à eux seuls tous les regards et font "la fierté des nôtres".
L'école joue le premier rôle d'ascenseur social. Or nous ne pouvons pas se prévaloir d'avoir les meilleurs éléments formés dans les établissements de prestige. Combien dans cette génération se sont engagés dans des filières prometteuses? A force de " ne pas se prendre la tête" nous ne serons jamais en tête tout simplement. Tout ne peut pas passer par l'école mais soyons lucides, combien parmi nous sommes suffisamment futés pour réussir sans passer par la voie la plus accessible de tous. L'ouverture de Sciences po aux bons élèves issus de ZEP ne semblent pas encore nous concernés. Les prépas sont toujours perçues comme des instruments de torture car il est relativement "pépère" de préparer son CAP vente plutôt que de "se prendre la tête" avec des "trucs chelous d'intellos".
Le syndrome de Peter Pan est encore une chose qui caractérise les natifs des années 80. La peur de grandir ne se limite pas seulement à assumer qu'on devient adulte, responsable dont autonome mais à un rejet des symboles de l'indépendance comme réussir son permis de conduire. Combien parmi nous squattent encore la banquette arrière de la Ford fiesta de papa maman faute de passer son permis de conduire. Déjà au lycée, nos camarades de classe étaient en conduite accompagné ou avaient leurs permis et pendant ce temps, nous avions toujours nos cartes de transport. A la lecture de cet article beaucoup d'entre nous brandissent leur pass magnétique. Ils ont gagné en rapidité au passage des accès aux quais mais pas en mobilité.
L'auberge espagnole devenue un mode de vie pour une génération n'évoque rien à nos compatriotes. Grâce aux programmes Erasmus-Socrate, étudiants et stagiaires peuvent effectuer un séjour dans un pays étranger en y apprenant la langue, y effectuer un stage et ou y étudier. Comme le caricature le film hispano-français réalisé par Cédric Klapisch, sorti en 2002, se retrouver entre originaires de pays différents avec des cultures et langues différentes force la tolérance, l'apprentissage d'une autre langue et culture et la vie en communauté. Une expérience noble, prisée par les autres jeunes qui ont compris que la case familiale n'est pas une fin en soi et à un moment il faudrait voler de ses propres ailes.
Socialement, nous restons des individualistes, pour ne pas dire égoïstes, isolés sans aucune capacité d'unir nos forces. La seule chose qu'on a retenue des journées culturelles, c'est le caractère folklorique monotone pour assister aux danses et déguster des plats comoriens. Or dans les grands sucess-stories, on peut parfois lire " Benjamin, jeune PDG de start-up a rencontré son associé lorsqu'ils avaient 6 ans". Combien d'entre nous peuvent prétendre jouer au foot ou aller faire du shopping avec une amie d'enfance? On évite même de se rappeler de lui/d'elle par peur ou honte. "On veut pas s'afficher". Combien parmi nous font un projet ensemble ne serait-ce s'allier pour un rapport de stage. Pour prendre exemple sur World4com, beaucoup ont les mêmes idées mais n'oseront jamais s'unir pour essayer d'avancer.
La bi-culturalité a beau être présentée comme une chance mais dans notre camp cela ressemble à un double bommerang: refus de s'assumer français et refus de s'assumer comorien. Sur le plan idéologique, le complexe du petit citoyen de chaque pays nous ronge. Nous focalisons toujours nos attentions sur les blocages des deux cultures au lieu de se dire, j'appartiens à ces deux univers donc je peux cumuler les deux forces pour percer dans un monde où la flexibilité est requise. Si nous entamons un rapport décomplexé avec les deux cultures nous pourrons forcer le destin et envisager de nombreuses réussites. Pour y arriver il faut d'ores et déjà accepter qui nous sommes, d'où nous venons et où nous voudrions aller. A défaut nous serons une génération dancehall en ayant l'impression de bouger alors que c'est la musique, pardon le monde qui bouge.